Histoire
Les cités-jardins Le Logis et Floréal s'étendent sur
une surface de plus de 80 hectares et constituent ainsi la plus
grande cité-jardin et l'ensemble le plus important des
logements à bon marché construit en Belgique dans
l'entre-deux-guerres.
La coopérative Floréal pris naissance dans le milieu des
ouvriers typographes bruxellois, sous l'impulsion de J.-F. Husdens,
lui-même typographe au journal « Le Peuple ».
La coopérative acquis une partie des terrains situés
sur le plateau de Watermeal-Boitsfort que la création du
boulevard du Souverain venait de mettre en valeur.
L'urbaniste
et paysagiste Louis Van der Swaelmen et l'architecte Jean Jules
Eggericx se chargeront de la création de ce quartier, de la
construction des bâtiments ainsi que des plantations. Il
collaboreront avec d'autres architectes tels que Lucien François,
Raymond Moenart et Georges Vankerkhoven.
L'agencement
spatial fut dicté par le relief du terrain et la cohérence
de l'ensemble est liée à l'organisation de la
végétation. Les architectes ont opté pour une
architecture de style moderniste fortement inspirée des
cottages anglais. C'est ainsi que fut construit un ensemble de
maisons avec écoles, bibliothèque, magasins, centre
médical et autres équipements communautaires.
La
construction de la cité-jardin « Floréal »
débute en 1922 et la plupart des habitations furent édifiées
avant 1930. En 1925, 315 logements étaient achevés.
Les premier habitants avaient aménagés dans un quartier
sans égouts, sans trottoirs, sans éclairage public. La
société décida de transformer une de ses
maisons, rue des Cannas, pour y abriter son centre d'activités
communautaires; ce sera « La Maison de Tous »,
lieu de réunion, centre de consultation pour nourrissons et
bibliothèque.
Sur
le point le plus élevé de la cité-jardin Floréal
se dresse l'immeuble du Fer à cheval, bâtiment de dix
étages conçu par J.J. Eggericx en 1926-1928. La tour
centrale est flanquée de part et d'autre de trois bâtiments
de hauteur dégressive à toits plats dont les corniches
débordantes permettent un jeu volumétrique élaboré.
L'envolée
de cette tour est soulignée par un vitrage continu de briques
de verre qui monte jusqu'au sommet, éclairant l'escalier; une
succession rythmique des fenêtres accentue cette verticalité.
Il
constitue le point central de la cité et présente des
magasins au rez-de-chaussée, des logements aux étages
et un réservoir d'eau sur le toit.
Outre
l'architecture, répondant aux conditions d'habitation minimum
tout en y intégrant des qualités artistiques
indéniables, l'aménagement des espaces publics, des
squares et des jardins furent réalisés avec autant
d'attention et de réflexion.
J.J.
Eggericx et Louis Van der Swaelmen attachaient beaucoup d'importance
au cadre paysager, ils avaient une connaissance approfondie des
aménagements verts et de leurs caractéristiques.
Les
espèces ont été choisies en fonction de la
vitesse de croissance, et donc du coût, mais également
afin de valoriser leur architecture sans la masquer.
Les
cerisiers du Japon le long des voiries, les peupliers le long des
chemins piétonniers, les arbres fruitiers dans les plaines de
jeu, les platanes sur les places, les tilleuls palissés mais
aussi les haies d'aubépines, de houx, de ligustrum, d'ifs qui
séparent les jardins arrières; en façade avant,
le lierre, les glycines, les rosiers et les azalées et les
rodhodendrons qui couvrent les parterres, toutes ces espèces
participent à la réussite de l'ensemble.
Un ensemble remarquable
La
décision de classé les Cités Jardins comme
ensemble remarquable a été guidée par l'intérêt
esthétique, artistique, historique et scientifique qu'elles
représentent.
Intérêt historique
Au
lendemain de la Première Guerre mondiale, deux facteurs
importants sont d'actualité. D'une part la crise du logement
et d'autre part la reconstruction des villes sinistrées. Des
conférences furent organisées à l'initiative de
l'Union internationale des Villes et de la Garden Cities and Town
Planning Association.
Il y
fut décidé que seul l'Etat accorderait des subsides
pour la reconstruction, l'extension ou l'embellissement des villes
qui avaient élaboré un plan d'ensemble accepté
par les instances compétentes. C'est ainsi qu'en 1919 fut
créée "La Société nationale des
Habitations à Bon Marché". Celle-ci adopta le
statut de sociétés coopératives et leur accorda
de grandes facilités financières. Ce fut le point de
départ de la construction des cités-jardins en
Belgique.
Tel
fut le cas de la construction des cités « Le Logis »
d'abord et « Floréal » ensuite. Constitué à
l'initiative d'un groupe d'employés de la Caisse générale
d'Epargne et de Retraite, « Le Logis » fut fondé
dès 1921 et « Floréal » en 1922.
Louis
Van der Swaelmen, grand penseur et urbaniste de son époque,
publie en 1916 à Leyde, sa terre d'accueil durant la guerre,
le premier traité d'urbanisme : Préliminaires d'Art
civique. Il y élaborera l'idée de « Park-system »
qui avait pour but d'entourer la ville de cités-jardins
isolées de la ville par une ceinture verte; le centre de la
ville étant consacré aux activités commerciales,
administratives et financières.
Le «
Kapelleveld », la cité des « Pins noirs » et
les deux cités-jardins projetées sur le territoire de
Watermael-Boitsfort clôturaient le côté Est de la
ville.
Intérêt artistique
Ces
cités-jardins ont contribué à l'évolution
de la structure sociale étroitement liée à de
nouvelles formes architecturales. Elles joueront un rôle
essentiel dans l'histoire de l'architecture moderniste en Belgique.
De plus, ces deux cités-jardins sont l'oeuvre de personnalités
éminentes de l'urbanisme et de l'architecture moderne.
Jean-Jules
Eggericx fit ses études à l'Académie de
Bruxelles. Il collabora avec des architectes tels Horta, Dewin ou
Chambon.
Pendant
la guerre, il se réfugia en Angleterre et c'est lors des
commissions d'études de l'Union Internationale des Villes
qu'il rencontra l'influence de Louis Van der Swaelmen.
De
retour en Belgique, il devint l'architecte attaché à
l'Office des Régions Dévastées (1919-1921) et
directeur du chantier expérimental de l'Etat pour les nouveaux
matériaux au Quartier de la « Roue » à
Anderlecht. Architecte-directeur et urbaniste des cités-jardins
« Le Logis » et « Floréal », il fut
également urbaniste de la commune de Watermael-Boitsfort et de
la ville d'Ostende.
Fils
unique de l'architecte paysager Louis-Léopold Van der
Swaelmen, Louis-Martin Van de Swaelmen était bien connu avant
la guerre pour son action en faveur de la protection des monuments et
des sites. Il partit aux Pays-Bas durant les conflits de la guerre
14-18 et se spécialisa dans l'urbanisme. Il fonda en 1919 la
revue moderniste « La Cité » et la Société
des Urbanistes belges, il fut également membre des Congrès
internationaux d'Architecture moderne jusqu'a sa mort. Les CIAM,
créés dès 1928, avait pour but d'établir
une doctrine afin de lutter contre le désordre urbainet créer
un ordre qui satisfasse aux exigences de la société
moderne. Le fonctionnalisme fut un courant novateur. Vander Swaelmen
travailla principalement pour la Société Nationale des
Habitations à Bon Marché et participa à
l'aménagement urbanistique de plusieurs cités-jardins
en région bruxelloise comme le « Kapelleveld », la
« Cité Moderne » et « le Logis-Floréal
».
Le
relief ainsi que la forme irrégulière du terrain, dont
le point de départ fut les Trois Tilleuls, déterminèrent
le parti urbanistique basé sur une hiérarchisation des
voiries.
Louis
Vander Swaelmen créa de grandes avenues de 12 mètres de
large permettant le trafic dense et le passage de bus, ensuite les
tracés résidentiels nettement moins larges et enfin les
venelles, chemins piétonniers qui ont pour but d'établir
un véritable réseau entre les jardins privatifs qui
conduisent à des places et des jardins intérieurs
communs.
L'architecture
utilisée présente les caractéristiques suivantes
:
Maisons
de type cottage utilisant la brique faite sur place et le béton
dont il faut noter ici l'utilisation précoce. Généralement
recouvertes d'un crépi afin de dissimuler les imperfections
des matériaux mis en oeuvre, alors encore à leurs
premiers balbutiements. Les larges toitures ont une pente de 48°
aux extrémités légèrement surelevées.
Les châssis quadrillés répondent au module de
base d'une standardisation, élaborée pour répondre
à une économie de main-d'oeuvre.
Les
immeubles situés avenue de la Fauconnerie et rue des Trois
Tilleuls, ainsi que l'immeuble du Fer à cheval, le haut
bâtiment à l'époque en région bruxelloise,
jouent un rôle essentiel dans la vie des habitants mais
également dans l'évolution de l'architecture moderniste
et fonctionnaliste.
Intérêt esthétique
Les
cités-jardins « Le Logis » et « Le Floréal
» comptent parmi les plus célèbres et les plus
admirés des quartiers résidentiels sociaux de
l'entre-deux-guerres en Belgique. Les initiateurs du projet se sont
laissé séduire par la beauté du site aux
alentours des Trois Tilleuls. Situé à une hauteur de
plus ou moins 100 mètres entre le ruisseau de la Woluwe et le
Watermaelbeek, ce site offre une vue panoramique sur la Forêt
de Soignes.
De
plus, les plantations furent réfléchies et étudiées
conjointement à l'urbanisme et à l'architecture et
furent réalisées rapidement afin de faire de cet
ensemble une réussite internationale.
Ici
la végétation n'a donc pas pour but de masquer
l'architecture mais s'y intègre parfaitement afin de créer
un lien entre la nature et l'habitat.
Intérêt scientifique
Le
talus boisé qui longe la rue des Trois Tilleuls abrite une
colonie exceptionnelle de lucanes. Ce talus serait la station unique
en région bruxelloise où l'on trouve cet insecte. Ce
coléoptère rarissime et protégé trouve
ici des conditions d'habitat idéales (profusion de bois mort
et bonne exposition).
|